mardi, septembre 19, 2006

Laswell, pas Orwell

Étrangement, quand on me parle d'un auteur et sociologue et du graphème syllabaires (voire un morphème, Julie?) « well », je pense à Orwell. Pas qu'Orwell était sociologue (même si être en profonde défaveur du totalitarisme constitue une position sociale), mais peut-être parce que ses critiques contituaient une forme de sociologie. Quoi qu'il en soit, je m'oppose à toute propagande unilatérale et donc à une certaine partie des idées de Laswell.

Je me joins à la majorité de mes collègues pour commenter les travaux de Laswell. À moins de citer des sources spécialisées, je me rabats donc, tout comme mes collègues, sur la page de wikipedia.

Rappelons brièvement que Laswell modélise la communication de masse en cinq questions quasi simplistes :
1) qui?
2) dit quoi?
3) par quel média ou canal?
4) à qui?
5) avec quels effets?

D'emblée, j'aimerais critiquer la volonté de propagande chez Laswell. La communication n'est pas pour moi un « un processus d'influence et de persuasion, très proche de la publicité »1. Au contraire, j'entrevois le processus communicationnel comme une pierre angulaire du vivre ensemble, lié de près à des valeurs de respect et de reconnaissance de points de vue divergents. La communication implique, comme le rappelle tout bon dictionnaire, la relation entre deux variables. D'ailleurs, Laswell fût critiqué pour avoir condidéré le récepteur comme passif. Et s'il y a bien une expression populaire en enseignement, c'est l'écoute active. De plus, pour former un citoyen responsable, il ne s'agit plus de pouvoir convaincre et d'inculquer les idées des décideurs omniscients à la masse, mais d'exercer plutôt son jugement critique.

Mon indignation provient probablement de l'utilisation
de la propagande en faveur de la guerre (rappelons que je suis une grande pacifiste qui n'aime que les guerres d'idées). Laswell félicite entre autres Wilson (président américain pendant la première guerre mondiale)
« pour avoir su comprendre que « la résistance à la guerre est si forte dans les nations modernes que chaque guerre doit se présenter comme une guerre de défense contre un ennemi criminel menaçant. » »2
Heureusement, des auteurs comme Arthur Ponsonby (politicien, auteur et activiste britannique) ont su reconnaître la propagande de guerre (notamment dans Falsehood in Wartime: Propaganda Lies of the First World War (1928)3), caractérisée par la popularisation des croyances suivantes :
« Faire croire...
  1. que notre camp ne veut pas la guerre
  2. que l’adversaire en est responsable
  3. qu’il est moralement condamnable
  4. que la guerre a de nobles buts
  5. que l’ennemi commet des atrocités délibérées (nous pas)
  6. qu’il subit bien plus de pertes que nous
  7. que Dieu est avec nous
  8. que le monde de l’art et de la culture approuve notre combat
  9. que l’ennemi utilise des armes illicites
  10. que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traîtres, soit des victimes des mensonges adverses (car l’ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la propagande)4 »
Et voilà donc ma question pédagogique du 3è degré : ces idées de 1928 sont-elles encore valables dans nos sociétés actuelles?

Hmmf, je m'abstiens de commenter, avant de fustigier certaines sociétés et réalités. À bien relire mon intervention, il est clair que je m'éloigne de la place des TICs en français langue seconde, en touchant à un sujet qui pourrait faire plutôt l'objet d'une activité en éducation à la citoyenneté.

Sources :
1 WIKIPÉDIA. "Communication - 5.2 Le modèle de Laswell". [En ligne] http://fr.wikipedia.org/wiki/Communication (Page consultée le 19 septembre 2006)
2 HUYGHE, François-Bernard. "Propagande (suite 4)". [En ligne] http://www.huyghe.fr/actu_160.htm (Page consultée le 19 septembre 2006)
3
WIKIPÉDIA. "Arthur Ponsonby, 1st Baron Ponsonby of Shulbrede". [En ligne] http://en.wikipedia.org/wiki/Arthur_Ponsonby (Page consultée le 20 septembre 2006)
4
HUYGHE, François-Bernard. "Propagande (suite 3)". [En ligne] http://www.huyghe.fr/actu_143.htm (Page consultée le 20 septembre 2006)

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1 Commentaires

Blogger Jacques V. dit...

J'apprécie ton questionnement sur la nature transmissive des questions de LAswell transposées en éducation... J'ai rapidement soulevé la question dans le cours... Je suis tout à fait d'accord avec tes critiques.

lundi, octobre 02, 2006 4:36:00 p.m.  

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